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La République57:45

Valeurs de la République et littérature

Conférence Canopé Lyon

Patrick Laudet, Inspecteur Général de l'Éducation Nationale, groupe des Lettres, apporte dans cette conférence quelques éléments de réflexion sur le fait de redonner la parole aux élèves en réinvestissant dans la narrativité, sans oublier le rapport à la loi. Intervention enregistrée lors de la journée "Laïcité et valeurs de la République" organisée par les copilotes du dossier "Éducation prioritaire".

Quelques éléments de réflexion

« Avant de faire le citoyen, il faut faire l’homme. Si nous voulons trop vite faire le citoyen en n’ayant pas pris le temps de bien réfléchir à cette essentielle connexion que la citoyenneté est articulée fondamentalement à l’humanité, une des réponses génériques pour l’instant c’est de refonder un certain humanisme dans la mesure où il faut refaire l’homme pour mieux se donner des chances de permettre des citoyens.

Nous avons une dévaluation généralisée de la morale, que toute la société porte, et qui est une sorte d’effet de queue de comète de la pensée de 68, et en même temps difficulté pour nos élèves qui se trouvent dans la vacance d’une dialectique périmée du bien et du mal, comme une espèce de violence d’être livrés à une absence d’encadrement moral, avec un prêchi-prêcha omniprésent, qui vient nous rejoindre dans le plus immédiat de notre vie quotidienne.

Parfois, n’allons-nous pas à l’encontre de ce qu’on veut faire quand on arrive avec un discours un peu constitué qui n’opère plus sur nos élèves, qu’ils reçoivent comme quelque chose contre quoi, finalement, ils s’insurgent et contre quoi ils résistent, peut-être ? C’est de cette difficulté qu’il faut partir ».

Redonner la parole aux élèves

« Une des solutions est de faire attention à ce que, au nom des meilleures intentions, nous ne déroulions pas un discours un peu tout fait, un peu en kit devant les élèves.  

Si l’on veut réussir un certain nombre de transmissions des valeurs de la République, il faut réenraciner ça dans l’humain, en essayant d’éclairer l’humain complètement, et pas simplement dans la phase politique idéalisée que parfois notre école donne.

Il faut réinvestir la narrativité. Il faut reprendre les histoires, raconter des histoires. Le débat a de la place dans toutes nos classes. C’est en racontant des histoires que l’on va peut-être ravauder ce qui a été abîmé dans l’humain.

Le récit ne s’arrête pas au seul genre romanesque. Le théâtre participe de cette grande fonction narrative au sens plus large que la conception générique du récit romanesque. On peut même raconter un cours de grammaire. Donner à aimer les mots, donner à les éprouver dans leur chair… Parfois, nos cours de grammaire que sont un peu secs… Il faudrait trouver pédagogiquement une façon de raconter la langue.

A force de dire maîtrise de la langue, on réduit la langue à n’être qu’un code sur lequel on pourrait exercer une maîtrise. Cette espèce d’impératif, d’injonction qu’on leur donne à maîtriser la langue, dans la mesure où ils ont un portable qui en termes de codes et de communication leu permet, en termes d’efficacité, des échanges très efficaces, ils ne voient pas bien pourquoi il s’agirait de maîtriser cette langue… Le travail n’est pas tant un travail de maîtrise de la langue qu’un travail d’amour de la langue.

Comment faire de la morale dans nos cours ? Il ne s’agit pas de prendre un cours et de faire une leçon de morale, sinon les élèves se ferment. Plutôt que de faire des dispositifs un peu particuliers ou d’aménager des cours, il faut, en éducation civique et morale, qu’il y ait un enseignement avec des contenus, et parfois aussi un travail d’élaboration conceptuel. Du côté des autres disciplines, et en particulier des Lettres, qui prennent peut-être moins en charge cette réflexion conceptuelle ou ce travail d’éducation civique et morale, c’est constamment que la réflexion devrait être de cette nature, en essayant d’envisager le sens des textes ».

Un autre rapport à la Loi                                          

« Afin d’aider les professeurs, il y a une chose qui est très importante à restaurer dans nos classes aujourd’hui à travers les cours de Lettres et l’enseignement des humanités, c’est un autre rapport à la loi. C’est au fond quelque chose dont, dans l’air du temps, il faut à un moment s’affranchir pour être libre. Dans l’esprit ambiant, la Loi vient contrarier la liberté. Nos élèves sont tous un peu prisonniers de cela. Or, tout le travail de l’enseignement et des Lettres nous donne peut-être à éprouver de ce qu’est la Loi, la Loi étant une façon d’être dans le réel et pas dans le virtuel, car le virtuel dans lequel nos élèves sont, on tue, on meurt, on ne meurt pas, on vit 15 fois etc… Sauf que le principe de réalité fait que la mort, c’est la mort, que nous sommes des êtres de la finitude. Nous sommes des hommes, il faut retrouver la mesure exacte de notre humanité faite de finitude ».

Le rapport aux textes bibliques

« Il y a à retrouver cette instance fondamentale de la loi. Peut-être faudrait-il sortir de cette situation française où une laïcité excessive nous fait quand même couver un refoulé qui me semble coupable. Nous héritons, tant bien que mal d’Athènes. Il serait utile de redonner à nos élèves cette mémoire. Il y a une espèce d’hémiplégie de notre enseignement, parce qu’on croit que c’est comme la Bible, on va être prosélyte. La parole biblique n’est pas une parole injonctive, la Bible est un recueil d’histoires. Il faudrait revenir à cette source, en puisant dans le Judaïsme, en montrant qu’il y a la Torah écrite, pour désacraliser le livre et montrer que le judaïsme n’est pas une religion du livre. Les élèves de 6ème comprennent que les « 10 commandements » ce sont 10 paroles, il faudrait traduire par « les 10 paroles ». 10 paroles de vie, des choses qui sont dites pour mettre entre nous et nos pulsions meurtrières, de la parole. De par-là même, redonner un peu de confiance aux élèves sur le fait que dans le patrimoine grec comme dans le patrimoine biblique, il y a des histoires « humanisantes ». Les élèves peuvent retrouver comme une sorte de rapport plus pacifié à la Loi, et avoir, pour les textes littéraires que nous leur donnons à lire, une oreille rouverte, peut-être en s’y mettant à l’écoute avec nous, de ces lois pour être humain, qui seront très bonnes pour les aider à augmenter, à retrouver un peu de présence, à eux-mêmes et au monde.

 

Producteur : Canopé Lyon

Année de copyright : 2017

Publié le 10/12/22

Modifié le 03/09/21

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