Vidéo : Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (9 et 10)

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audio - Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (9 et 10)

Sur les traces de Mandela

Quand le jeune Rolihlahla Talipunga Mandela a quitté sa montagne natale du Transkei il ne pensait pas devenir Nelson, l’un des personnages qui a marqué l’histoire du XXe siècle. De l’étudiant en droit à la légende en passant par la prison du Robben Island : la vie de Nelson Mandela en 20 épisodes, par Alain Foka.

Mandela garde espoir

Comment ne pas rêver de liberté et de famille quand on est comme Mandela emprisonné depuis plus de 15 ans dans un sinistre bagne sur une île minuscule, dans l’hémisphère sud ? Il ne lui reste plus que le rêve puisqu’il est condamné à la prison à perpétuité. Pourtant, il garde espoir, espoir de voir un jour son combat pour la liberté et celui de son peuple triompher de l’oppression du régime raciste sud-africain.

Dehors, on commence à l’oublier et il n’est plus qu’un mythe pour les personnes de sa génération et pour quelques militants qui ont appris son combat par le bouche-à-oreille puisque son nom et son image ont été bannis par les pouvoirs publics.

Mais du fond de sa cellule, il poursuit son combat, mais maintenant plus pour l’amélioration de leurs conditions de détention que le renversement du régime de l’apartheid qui a décidé de le broyer.

Winnie Mandela continue le combat

Winnie, en revanche, malgré les persécutions des autorités, malgré les nombreuses incarcérations et bannissements dont elle fait régulièrement l’objet, malgré les tentatives de discrédit très souvent organisées par Pretoria, reste décidée à faire plier ce régime de l’apartheid. Elle ne se contente pas de survivre mais au contraire elle intensifie son combat, ne perd pas une occasion pour se faire l’écho des revendications des libertés de son peuple, ainsi que de la libération de son mari. Elle est son porte-parole, lui que l’on n’a pas vu depuis ce mois de juin 1964, dans le tribunal de Rivonia.

Bien que persécutée et harcelée, bien que bannie et éloignée de chez elle, elle continue de se faire entendre.

Sa voix porte, son discours est simple et efficace. Son discours séduit au-delà des frontières de son pays, surtout dans cette période de 1980, où la résistance du peuple noir reprend de plus belle.

Elle a un fort soutien international. Mandela, le prisonnier, a d’ailleurs été couronné dans plusieurs pays, comme en Inde, du célèbre Jawaharlal Nehru Human Rights Award, récompense décernée au titre des droits de l’Homme dans ce pays.

D’autres étudiants londoniens l’ont désigné comme candidat au poste honorifique de chancelier de l’université, dont le programme externe a permis à Mandela de décrocher par correspondance, un diplôme de Bachelor of Laws. L’université libre de Belgique lui a décerné un doctorat honoris causa.

Bien évidemment, cette mobilisation déplait fortement aux autorités sud-africaines, surtout que sur le territoire, les opérations de l’ANC se multiplient. La guerre à la frontière nord de la Namibie s’intensifie. 3 raffineries de pétrole sont la cible des attentats de l’ANC et les banlieues sont désormais intenables.

Winnie est sur tous les fronts. Elle va même être arrêtée en direct à la télévision alors qu’elle essaie de rallier Soweto, violant son bannissement à Brandfort. Elle va de nouveau défier les forces de l’ordre, et repartir à Soweto pour une manifestation publique.

La révolte gronde

Plus question d’abdiquer. La jeunesse a entendu l’appel de l’ANC en exil, demandant de rendre les townships ingouvernables. Winnie devient un leader à part entière. Le président Botha répond par la force au mouvement qui s’intensifie et déclare l’état d’urgence.

Se faisant, il donne carte blanche aux forces de sécurité pour écraser la révolte. L’armée, la police et les services de sécurité dirigent le pays à travers un conseil d’Etat. Mandela est encore au cœur de la révolte. Son nom est scandé par les manifestants, dans les townships noirs. La violence s’intensifie.

 Le 31 mars 1982, nous sommes en plein tumulte. Nelson Mandela et ses amis sont transférés dans une autre prison, celle de Pollsmoor de Tokai, une banlieue située à 30 km au sud du Cap.

Fini l’enfer de Robben Island après 18 années de détention. Pollsmoor reste une prison mais elle est plus vivable. Ils habitent des pièces meublées avec de véritables lits, des draps, des couvertures et des serviettes. La salle de bains est équipée de lavabos, de douches et de toilettes. La nourriture est correcte.

La radio mise à disposition permet même de capter la BBC.

Mandela peut donc s’informer sur les événements qui, à l’extérieur, se précipitent, comme les assassinats des activistes de l’ANC à Maputo. Il n’est donc pas surpris ou choqué quand le MK, la branche armée de l’ANC, fait exploser une voiture devant les bureaux de l’armée de l’air, à Pretoria. Bilan, 19 morts et plus de 200 blessés.

Dans sa nouvelle prison, Nelson Mandela peut recevoir les proches. Il écrit régulièrement à Winnie, son épouse, qui attend l’autorisation pour aller le voir.

Cela arrivera en mai 1984, où elle pourra lui rendre visite, sans les tracasseries.

1985 : Oliver Tambo, de son exil, lance un appel qui incite au chaos et qui doit rendre le pays ingouvernable.

La libération de Mandela envisagée pour la première fois

Au même moment, Pieter Botha, en visite officielle dans plusieurs pays européens, est pressé de libérer celui qui est devenu le prisonnier politique le plus célèbre de la planète.

A son retour, le président sud-africain fait une offre à l’assemblée nationale : Si Mandela consent à ne pas organiser, orchestrer, commettre d’actes de violence en vue de promouvoir ses objectifs politiques, il serait prêt sur le principe à envisager sa remise en liberté. Cette offre publique, la première faite par le régime de l’apartheid, mérite une réponse claire.

Winnie est sous le coup du bannissement et ne peut prendre la parole en public. Il décide donc d’écrire sa réponse, d’envoyer une copie à Pieter Botha, et de faire lire pour la première fois son message par sa fille Zindzi sur scène, dans un grand rassemblement le dimanche 10 février 1985.

Dans sa lettre, il se demande quelle liberté on va lui offrir, si l’organisation du peuple reste interdite, s’il peut être arrêté pour violation sur la loi sur le Pass, si sa chère femme reste assignée à Brandfort, s’il doit demander l’autorisation de vivre dans une zone urbaine, et si l’on ne respecte pas ses concitoyens sud-africains ? Seul un homme libre peut négocier, les prisonniers ne peuvent établir de contrats.

Mandela ne peut s’engager en rien tant que le peuple et lui-même sont libres. C’est donc « non » à l’offre de Pieter Botha.

C’est donc l’impasse pour les autorités sud-africaines.

La violence gagne du terrain. L’ANC marque des points et l’économie est en berne. Avec qui négocier et sur quels points ? On entre dans une période décisive en Afrique du Sud, comme nous le verrons dans le prochain épisode.

 

Photo : © Eli Weinberg Apic / Getty Images

Nom de l'auteur : Alain Foka / Archives d'Afrique

Producteur : RFI

Année de copyright : 2017

Publié le 30/11/22

Modifié le 20/09/21

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