Vidéo : Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (7 et 8)

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audio - Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (7 et 8)

Sur les traces de Mandela

Quand le jeune Rolihlahla Talipunga Mandela a quitté sa montagne natale du Transkei, il ne pensait pas devenir Nelson, l’un des personnages qui a marqué l’histoire du XXe siècle. De l’étudiant en droit à la légende en passant par la prison du Robben Island : la vie de Nelson Mandela en 20 épisodes, par Alain Foka.

Nelson Mandela en prison ne laisse rien paraître

Nelson Mandela, malgré sa condamnation à la perpétuité refuse de sombrer. Il n’est pas question de sa laisser mourir dans cette île minuscule. C’est pourquoi le prisonnier qui est devenu en peu de temps le leader parmi ses codétenus, a choisi de ne pas affronter violemment ses surveillants, mais également de ne pas leur montrer ses émotions, de ne rien laisser transparaitre. Pour ne pas être affecté par leurs maltraitances, il ne faut montrer aucune faiblesse.

Il fait sienne cette stratégie et ne laissera rien percevoir lorsqu’il reçoit un télégramme annonçant la mort de son fils ainé, Thembi, des suites d’un accident de la circulation.

Nelson est alors au plus mal, on lui refuse en plus la permission d’assister aux funérailles. Il s’en veut de ne pas avoir été un vrai père plus présent dans la vie de ce garçon qu’il chérissait pourtant.

Thembi ne lui avait jamais pardonné de sacrifier sa famille au combat politique. Il s’était marié et ses deux enfants ne connaissaient pas leur grand-père…

L’échec de la relation pesait sur lui. Ce garçon qu’il avait initié à la boxe, qui portait ses vestes et qui n’avait pas accepté le divorce avec sa mère…

Comme pour sa propre maman, on lui refuse l’autorisation d’assister au moins à ses funérailles. Pas question pour Mandela d’en parler, de montrer sa douleur, d’exposer sa faiblesse dans cette prison où il se fait de plus en plus respecter par ses surveillants. L’autre stratégie est de profiter de cet enfermement pour s’instruire, améliorer ses connaissances et celles de ses camarades. Même en prison, il fallait parfaire son éducation politique.

Bien qu’emprisonné dans ce sinistre bagne éloigné de tout, Nelson Mandela continue d’être victime de nombreux harcèlements. La démarche de ses bourreaux est de le briser. Ils utilisent encore sa famille pour le fragiliser.

Une coupure de journal apparaît mystérieusement dans sa cellule : Winnie Mandela a été citée dans une affaire de divorce, on l’accuse d’adultère. L’article prétend que Winnie a été l’amante d’un homme que les prisonniers ont identifié comme informateur.

Cette fois, Mandela va réunir les prisonniers leaders de l’ANC pour leur en parler afin que ce type de rumeurs n’ébranle pas leur foi en ce mouvement. Il choisit de défendre sa femme et assume la responsabilité de l’affaire en la soutenant.

Au terme de cette histoire, la relation avec sa femme semble plus forte. Elle va enfin obtenir l’autorisation de venir le voir. Il s’est passé 2 ans depuis sa dernière visite.

Encore une fois, il se contentera de regarder sa femme amaigrie et tendue derrière une vitre. 30 minutes après, même scénario, « Time up », il faut se séparer, c’est l’heure. Quelle frustration de ne pouvoir rien se dire, de ne pas pouvoir se toucher. Une nouvelle humiliation profonde, celle-là.

Le massacre de Soweto

C’est la guerre des nerfs avec ses gardiens qui ne cèdent sur aucun point. Il ne s’agit pas d’affrontement mais de résistance passive. En effet, la méthode de Mandela consiste à défier les gardiens à chaque traitement dégradant et il impose de plus en plus sa volonté.

Beaucoup de temps a passé depuis son incarcération. Dehors, en cette année 1976, il n’est plus qu’un mythe. Dans tout le pays, ses paroles et son image sont interdites et on est en train de le ranger dans les livres d’histoire de la résistance.

Le 16 juin 1976, dans la banlieue noire de Soweto, des dizaines de milliers de jeunes descendent dans la rue à l’appel du mouvement Conscience noire pour manifester contre la décision de M.C. Botha, le ministre de l’administration, du Développement et de l’Education bantoue, d’introduire l’afrikaans au même titre que l’anglais dans toutes les écoles noires. Les jeunes des lycées et collèges qui défilent pacifiquement armés de pancartes vont être chargés par la police antiémeute qui tire à balles réelles. C’est le carnage. Bilan de cette tragique journée : 23 morts, pour des adolescents qui manifestaient contre une réforme scolaire injuste. Les cliniques sont débordées d’enfants blessés.

Un vent de révolte souffle dans Soweto

Le lendemain, les affrontements se poursuivent puisque désormais, les jeunes, excédés, s’en prennent aux magasins et aux bâtiments publics.

Soweto est investi par 1500 agents de police lourdement armés de fusils automatiques et de pistolets paralysants. Cette violente répression a réveillé la colère contenue dans toutes ces cités dortoirs noires et un vent de révolte se propage dans tous les townships du pays.

Plus de 500 morts et au moins autant de blessés. Les chefs des partis noirs comme celui de Conscience noire, Steve Biko, sont arrêtés. Il mourra assassiné par la police dans sa prison.

La répercussion médiatique soulevée par ces émeutes et par leur répression est forte. Elle va amener l’ONU à adopter un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du Sud.

Ces émeutes meurtrières vont en réalité relancer le combat contre le régime de l’apartheid. Les mois qui vont suivre risquent d’être mouvementés pour le vieux prisonnier qui commençait à être relégué aux oubliettes de l’histoire. Mais il a de la ressource comme nous le verrons dans le prochain épisode.

 

Photo : © Eli Weinberg Apic / Getty Images

Nom de l'auteur : Alain Foka / Archives d'Afrique

Producteur : RFI

Année de copyright : 2017

Publié le 30/11/22

Modifié le 20/09/21

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