Vidéo : Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (3 et 4)

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audio - Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (3 et 4)

Sur les traces de Mandela

Quand le jeune Rolihlahla Talipunga Mandela a quitté sa montagne natale du Transkei il ne pensait pas devenir Nelson, l’un des personnages qui a marqué l’histoire du XXe siècle. De l’étudiant en droit à la légende en passant par la prison du Robben Island : la vie de Nelson Mandela en 20 épisodes, par Alain Foka.

Mandela seul noir inscrit à la faculté de droit

Nelson se concentre sur ses études, obtient son diplôme et rentre à l’université Witwatersrand. Cet établissement accueille chaque année un quota d’étudiants noirs, mais ils n’ont ni accès à la cité universitaire, ni aux installations sportives. Mandela est le seul noir inscrit à la faculté de droit. Le jeune homme va y connaitre humiliations et racisme. Pendant les 6 ans qu’il va passer dans cette institution, il doit gérer de front son travail, ses cours à mi-temps et ses études. Il est déjà très impliqué dans la politique. Ainsi, il va adhérer à l’ANC en 1944. Il ne se contente pas de rejoindre l’African National Congress, il propose la création d’une ligue appelée Youth League, réservée aux jeunes qui agirait différemment sur le terrain pour mener le combat.

Nelson Mandela vit désormais avec une infirmière, Evelyn Ntoko Mase. Sans moyens pour les noces, le couple s’est contenté d’un mariage civil.

Malgré cette grande pauvreté dans laquelle vit le couple, vont naitre 3 enfants de cette union : Deux garçons, Madiba Thembekile, Makgatho, puis une fille Makaziwe.

Pris par la politique et par une vie familiale contraignante, Mandela au bout de ses 6 ans à l’université ne va pas obtenir sa licence. Il va donc poursuivre ses études dans une autre institution après avoir démissionné du cabinet d’avocats où il a passé 3 ans. Ce n’est que plus tard qu’il obtiendra son diplôme.

Le parti nationaliste prend le pouvoir en 1948

Les blancs qui craignaient le péril noir sont aux affaires avec à leur tête Daniel François Malan, ardent promoteur d’une renaissance de la pureté Afrikaner. Son programme est clair : les races doivent être séparées les unes des autres. Le gouvernement distingue 4 groupes raciaux avec les blancs au sommet composés des Afrikaners et des Britanniques, puis viennent les Indiens, descendants des coolies. Le troisième étage de la pyramide est constitué des métis, et en bas de l’échelle les Noirs ou «Bantous» qui représentent alors les deux tiers de la population sud-africaine, divisés eux-mêmes en 9 ethnies. Parmi ces ethnies, les Zoulous et les Xhosas.

Une batterie de mesures répressives se met en place suscitant l’organisation des communautés brimées.

La ligue des jeunes va initier une campagne de protestation par des actions populaires non-violentes sur le modèle de Gandhi. Nelson Mandela rentre au comité national de direction de l’ANC et va rapidement évoluer dans le sens de l’unité des opprimés. De plus, il a obtenu sa licence et a noué des relations dans des cabinets de blancs avec des activistes anti-apartheid blancs mais également avec des militants communistes. C’est là qu’il fait la connaissance de George Bizos, avocat d’origine grecque, militant des droits de l’homme, avec qui il cheminera quasiment toute sa vie.

Une nouvelle carrière professionnelle

Mandela et son ami Oliver Tambo ouvrent leur cabinet d’avocats et vont s’installer dans un endroit stratégique, le Chancellor House, l’un des rares immeubles pouvant être loué aux Africains parce que les propriétaires étaient des Indiens. Le cabinet va être pris d’assaut, les deux avocats étant complémentaires. Mandela connait un réel succès auprès des populations noires, mais aussi les humiliations et même les arrestations liées au régime de l’apartheid et une assignation à résidence.

Hormis les ennuis liés à son engagement politique qui dérange les blancs, Mandela doit composer avec une autre difficulté : son épouse Evelyn supporte de plus en plus mal ses absences. En réalité, il n’est jamais là et elle élève seule leurs enfants.

1953. Le régime de l’apartheid décide d’éloigner encore les banlieues noires de leurs habitations. Mandela jette son dévolu sur la populeuse Sophiatown.

Pour protester contre cette atteinte aux droits de la communauté noire, les propriétaires immobiliers locaux, soutenus par l’ANC, se réunissent chaque semaine pour protester contre l’évacuation forcée. S’ils protestent, ils restent toujours passifs évitant les discours enflammés. Mais cette fois-ci, Mandela va se lâcher en employant un langage incisif dans lequel il mentionne que le temps de la résistance passive est révolu puisque cette stratégie est inefficace. En interne, ça ne passe pas bien.

Mandela va connaître alors la double peine : après avoir été assigné à résidence, il est obligé de démissionner de l’ANC, un événement qui signe sa disparition progressive de la scène politique, ce qui ne l’empêche pas de continuer de travailler dans l’arrière-boutique de l’ANC.

Le régime de l’apartheid veut anéantir Mandela

On l’attaque sur le plan professionnel. L’Ordre des avocats du Transvaal dépose alors contre lui devant la Cour suprême une demande visant à le radier du barreau. Soutenu par ses confrères afrikaners jugeant cette action comme un affront, il engage 2 avocats de haut vol qui interviennent gracieusement. Le juge statue en faveur de Mandela. Mais cette victoire a un goût amer puisqu’à la maison, Evelyn son épouse, comble son vide affectif en se vouant aux Témoins de Jéhovah pendant que son mari délaisse de plus en plus le domicile conjugal.

En ce 56 décembre 1956, la maisonnée est réveillée par une escouade de policiers qui font irruption dans la pièce, terrorisant les enfants et mettant la maison en vrac. La police recherche des preuves d’activité politiques. Mandela est amené au Fort, une prison tristement célèbre qui surplombe Johannesburg, et est accusé de haute trahison. Ils sont 156 militants au total, membres de l’ANC et des communistes. Ces fauteurs de trouble menacent la suprématie blanche. La sanction encourue est la peine de mort. En attendant, le président du tribunal le libère sous caution avec quelques inculpés, dont Oliver Tambo.

4 jours après son inculpation, Mandela revient à la maison et découvre que sa femme est partie avec ses enfants. Il finira par obtenir le divorce d’Evelyn en 1957.

Le séducteur entretient alors d’autres relations, comme Nomzamo Winifred Madikizela, originaire du Transkei. Il finit par demander sa main à la belle et indépendante jeune fille. Mandela bénéficie d’une permission spéciale de 6 jours pour son mariage.

A son tour, la jeune mariée a rejoint la Ligue des femmes de l’ANC. 4 mois après cette cérémonie, alors qu’elle est enceinte, elle participe à une manifestation, est arrêtée avec plus de 200 femmes, sera détenue pendant 2 semaines jusqu’à ce que le cabinet Mandela et Tambo intervienne pour qu’elles soient toutes libérées. Winnie va perdre son emploi à l’hôpital ainsi que la seule entrée d’argent pour le couple.

Le congrès panafricain, le PAC, une nouvelle organisation créée par quelques anciens membres de l’ANC, qui prône le durcissement du combat et préfère des actions plus radicales, a appelé à manifester massivement devant les postes de police.

La tragédie du 21 mars 1960

Le 21 mars 1960, les policiers vont tirer sur les manifestants désarmés. Bilan : 69 victimes, hommes, femmes et enfants presque tous abattus dans le dos, et 200 blessés. Cette tragédie va marquer le monde et l’histoire de l’Afrique du Sud. Malgré les condamnations de la communauté internationale, les autorités sud-africaines déclarent l’état d’urgence et interdisent la PAC, le Congrès panafricain, mais aussi l’ANC, le tout suivi par des perquisitions et arrestations de leaders des différents mouvements.

Mandela est de nouveau embarqué et enfermé avec 40 camarades. Un long et unique procès qui se termine le 21 mars 1961 par l’acquittement des accusés. Mandela est enfin libre, plus d’assignation à résidence. Mais ce long procès a eu des conséquences désastreuses pour le cabinet Mandela et Tambo puisque les activités se sont considérablement réduites et ils n’ont plus de clients. Le couple vit donc sur les seuls revenus de Winnie.

Mandela envisage la lutte armée

Mandela est préoccupé par le nouveau projet du gouvernement sud-africain qui a décidé de la création d’une république indépendante. Il prévient qu’il va organiser une manifestation pacifique sur 3 jours. Il se lance dans cette aventure en voyageant sans cesse clandestinement, modifiant sans arrêt son apparence.

La manifestation est un tel succès que Mandela est obligé d’appeler, au nom de l’ANC, à l’arrêt de la grève à l’issue de la première journée. Plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues ce 29 mars 1961. Cette grève va quelque peu éclipser la proclamation de l’indépendance de la République sud-africaine. Mais Mandela a commis l’erreur d’arrêter la grève au premier jour. Le gouvernement et les médias vont minimiser le succès de la mobilisation. La lutte armée semble alors envisagée par Mandela, et après discussions entre les différentes branches, ils votent pour la création de la faction armée de leur mouvement. C’est la naissance de « l’Umkhonto we Sizwe »,  qui signifie « la lance de la nation » Mandela sera le chef et commandant de cette organisation militaire.

Mais comment l’avocat pacifiste d’hier va-t-il mener la guerre contre le puissant régime sud-africain ? Rendez-vous dans le prochain épisode.

 

Photo : © Eli Weinberg Apic / Getty Images

Nom de l'auteur : Alain Foka / Archives d'Afrique

Producteur : RFI

Année de copyright : 2017

Publié le 09/08/22

Modifié le 20/09/21

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