Vidéo : Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (17 et 18)

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audio - Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (17 et 18)

Sur les traces de Mandela

Quand le jeune Rolihlahla Talipunga Mandela a quitté sa montagne natale du Transkei il ne pensait pas devenir Nelson, l’un des personnages qui a marqué l’histoire du XXe siècle. De l’étudiant en droit à la légende en passant par la prison du Robben Island : la vie de Nelson Mandela en 20 épisodes, par Alain Foka.

Nelson Mandela et l’ANC deviennent incontournables

Malgré les embûches et les nombreuses stratégies pour mettre fin aux pourparlers, Nelson Mandela et l’ANC entrent en cette année 1993 dans une phase décisive pour l’Afrique du Sud. Les coups tordus de la police, les manipulations du gouvernement n’ont pas divisé et discrédité le parti de Nelson Mandela, et les autorités ont bien compris après le blocage du pays savamment orchestré par l’ANC suite aux attaques de l’Inkatha, que leur mouvement était maintenant incontournable.

On négocie désormais en l’absence de l’Inkatha Freedom Party, comme l’a exigé Nelson Mandela. Et on parle à présent d’élections, prévues pour le mois d’avril de l’année d’après, 1994.

Si Frederik de Klerk choisit de ne pas faire voter pour sa disposition, c’est parce que la politique du National Party auquel il appartient était le partage du pouvoir. Il devait permettre à la minorité blanche de disposer d’un poids sur les décisions du gouvernement. On peut maintenant penser aux élections, mais c’est oublier Eugène Terre’Blanche qui promet la guerre à Mandela et envisage très sérieusement le recours à la force militaire.

Des menaces de boycott

Dans la province du Natal aussi, le chef Mangosuthu Buthelezi envisage de boycotter, lui également, ce scrutin. Il menace d’amener trois millions de Zoulous avec lui dans l’abstention, et même dans le combat. Une autre tribu plutôt pauvre va se joindre à cette fronde contre les élections, le Bophuthatswana, dont la capitale est Mmabatho, un territoire que l’Afrique du Sud a reconnu comme indépendant, ce qui bien sûr l’arrangeait. Sauf que l’ANC et le reste du monde refusent de reconnaître cette indépendance qui ne s’appuie sur aucune réalité objective en dehors du fait que le régime de l’apartheid en profite pour se débarrasser d’une partie de cette population noire. Son armée, composée de 5000 personnes, est formée par les forces de sécurité sud-africaines. Le président de Klerk va aller personnellement le voir pour qu’il fasse participer les siens au scrutin. Seulement, le président de cette enclave, de ce territoire, va refuser de se joindre à lui. Il préfère l’alliance avec Buthelezi et les extrémistes afrikaners d’AWB.

Les autorités de ce territoire ont décidé d’empêcher l’ANC de mener campagne chez elle. Elles sont conscientes qu’en cas de victoire de l’African National Congress, elles sont condamnées à disparaître. C’est à nouveau la montée en pression. La capitale du petit Etat est hors de contrôle des autorités locales. Le président, Lucas Mangope, va faire appel aux forces du Volksfront pour défendre son territoire et ramener le calme. Sans avoir d’affection particulière pour Mangope, dans le but de faire échouer le scrutin qui s’annonce, oubliant son discours sur les races, Eugène Terre’Blanche, à qui on n’a rien demandé, annonce qu’il va apporter son aide militaire à Lucas Mangope dont la capitale est hors de contrôle et fait entrer ses hommes sur le territoire. Il faudra l’intervention des forces armées sud-africaines pour l’en déloger, et conserver l’indépendance du Bophuthatswana.

L’année 1994 débute par un massacre perpétré au Cap dans un pub fréquenté par des Blancs, des Métis et des étudiants. Le climat est des plus tendus avec des meurtres, des assassinats, des attaques dans tout le pays. Il faut empêcher la tenue du scrutin. Nelson Mandela n’envisage même pas de report.

Le chef Zoulou Buthelezi continue, malgré les différentes médiations, dont celle de Henry Kissinger et de Lord Carrington, les chefs de la diplomatie américaine et anglaise, de boycotter le scrutin. Il faudra finalement le talent de l’universitaire kenyan Washington Okumu pour qu’il accepte de rencontrer Nelson Mandela et engager l’Inkatha dans la course électorale. Les jours précédant le vote, l’AWB, qui est de plus en plus esseulé, va organiser à Johannesburg et dans ses environs des attentats qui vont faire une vingtaine de morts. Mais le scrutin est désormais proche et rien ne peut empêcher sa tenue.

Nelson Mandela devient le premier président noir de l’Afrique du Sud

Près de 11 millions de bulletins de vote ont été dépouillés en Afrique du Sud. D’heure en heure, le triomphe de l’ANC se confirme, plus de 63 % des suffrages exprimés pour le parti de Nelson Mandela, le parti national du président sortant, Frederik de Klerk recueille 23 % des voix. Les Zoulous de l’Inkatha dépassent les 6 %.

Aucun des autres partis qui se présentaient aux premières élections multiraciales d’Afrique du Sud ne passe la barre des 5 %. Il n’y a plus de doute possible, Nelson Mandela sera le prochain président sud-africain.

Le premier parlement de l’après-apartheid se réunira vendredi au Cap pour élire le nouveau président de la République et ses deux vice-présidents. La passation de pouvoir officielle entre Frederik de Klerk et Nelson Mandela aura lieu le 10 mai 1994. Le futur président a besoin de tous pour tenir ses promesses électorales, et en premier lieu la création de centaines de milliers d’emplois et la construction de centaines de milliers de logements décents pour les plus démunis… Vaste chantier auquel on ne pense pas beaucoup au moment où les choses se précisent enfin.

Nelson Mandela devient, ce 10 mai 1994, le premier président noir d’une Afrique du Sud unifiée avec comme vice-président Frederik de Klerk.

Comment le militant rebelle, le prisonnier, va-t-il transformer ce pays en havre de paix et de prospérité promis ? Nous verrons cela dans le prochain épisode.

 

Photo : © Eli Weinberg Apic / Getty Images

Nom de l'auteur : Alain Foka / Archives d'Afrique

Producteur : RFI

Année de copyright : 2017

Publié le 09/08/22

Modifié le 20/09/21

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