Vidéo : Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (13 et 14)

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audio - Nelson Mandela : du jeune berger à la légende (13 et 14)

Sur les traces de Mandela

Quand le jeune Rolihlahla Talipunga Mandela a quitté sa montagne natale du Transkei il ne pensait pas devenir Nelson, l’un des personnages qui a marqué l’histoire du XXe siècle. De l’étudiant en droit à la légende en passant par la prison du Robben Island : la vie de Nelson Mandela en 20 épisodes, par Alain Foka.

La démission de Pieter Botha

C’est la fin d’une ère. P. Botha, le président de l’apartheid, démissionne de sa fonction. Celui qui présentait l’Afrique du Sud comme une nation blanche, qui après avoir proclamé l’état d’urgence, matraqué les militants nationalistes de l’ANC, a été contraint face au chaos et à la détermination des militants anti-apartheid, désormais inarrêtables, d’ouvrir des négociations avec le prisonnier Nelson Mandela, et a été poussé vers la sortie par son propre camp.

Il est donc remplacé par un homme d’appareil, un pur produit de l’establishment afrikaner, Frederik de Klerk, qui parle tout de suite de l’urgence d’un changement institutionnel devenu inéluctable à ses yeux. Mais sur le fond, que va-t-il changer, lui qui reste un pur produit de l’aile conservatrice du Parti National ? Qu’attendre de ce nouveau président qui arrive au pouvoir en Afrique du Sud en ce mois d’août 1989, qui refuse officiellement de négocier avec l’ANC, mais qui dans le même temps, évoque dans son discours d’investiture l’urgence du changement ? Il ne peut ignorer les pourparlers en cours. Les services de renseignement l’ont informé des échanges qui se poursuivent.

En même temps que l’on négocie secrètement, le discours de Frederik de Klerk en campagne, est différent. Il fait savoir que le Parti national est le seul qui peut stopper l’ANC.

Sur le terrain, les populations noires continuent de se mobiliser, et de montrer leur détermination.

L’archevêque Desmond Tutu est en première ligne. Pendant ce temps, en secret, on négocie sur plusieurs fronts, non seulement avec Mandela mais également avec l’ANC en exil. Il faut dire qu’après les assassinats perpétrés par les services de renseignement sud-africain, le climat n’était pas vraiment à la confiance.  

On entre dans le vif du sujet : l’alliance de l’ANC avec le parti communiste.

En même temps que ces négociations se poursuivent, d’autres agents discutent avec Mandela, un Mandela qui bénéficie d’un régime carcéral assez singulier.

Celui qui n’a pas été vu en public depuis 25 ans éprouve l’envie de marcher sur la plage. L’autorisation lui est accordée. Il est accompagné de J. Gregory, l’un de ses gardiens ainsi que de 5 autres membres de l’équipe de sécurité. Nelson Mandela a peur qu’un Noir marchant devant plusieurs blancs n’attire l’attention des personnes sur la plage.

Le pays à feu et à sang

Pendant ce temps, le pays est à feu et à sang. Partout, les arrestations musclées succèdent aux manifestations violentes. Les brutalités policières ont atteint leur sommet.

Le nouveau président de Klerk accepte une marche demandée par Desmond Tutu dans Cape Town. Cela ouvre une autre ère dans le processus d’apaisement.

Un mois après les manifestations de Cape Town, le président de Klerk respecte les engagements pris par Pieter Botha et libère les prisonniers condamnés à la perpétuité avec Mandela. Cette libération arrive dans un contexte particulier, la chute du mur de Berlin.

La deuxième décision du président de klerk tout aussi symbolique que la libération des compagnons de Mandela est l’abrogation du fameux « Reservation of Separate Amenities Act » qui avait instauré une ségrégation dans les lieux publics. Désormais, tout citoyen sud-africain pourra fréquenter comme bon lui semble les jardins publics, les plages et les toilettes. Idem pour les restaurants et les bus.

Les fameux panneaux « réservé aux blancs » ou bien « réservé aux gens de couleur » vont être supprimés. C’est dans ces conditions qu’il va recevoir Mandela dans le même cadre que son prédécesseur, en décembre de cette année 1989 où tout semble s’accélérer, même si le gouvernement doit faire face à l’escadron de la mort, une unité policière créée quelques années plus tôt, qui assassine et tue de façon violente ceux qui œuvrent pour le changement.   

L’histoire est en marche

Nous sommes le 2 février 1990 : c’est l’ouverture de la séance du Parlement sud-africain où il est proclamé que l’interdiction de l’ANC, du congrès panafricain, du parti communiste sud-africain et de nombreuses organisations subsidiaires est levée.

Nelson Mandela est relâché sans condition. Cette décision tant attendue par la planète entière va braquer les projecteurs sur l’Afrique du Sud. Tout le monde attend de voir celui dont on parle depuis 27 ans. Frederik de Klerk va à la rencontre de Mandela pour lui annoncer sa libération prévue le week-end suivant à Johannesburg.

A sa grande surprise, le prisonnier, décidément hors du commun, réclame un délai d’une semaine pour se préparer. En fait, il voulait que ses partisans puissent se préparer à la suite de cet événement. Il souhaite faire ses premiers pas d’homme libre depuis la prison Victor Verster. Un compromis va donc être trouvé entre le président de Klerk et Mandela : on ne modifiera pas la date prévue, mais le lieu de la libération sera celui choisi par le prisonnier. De Klerk sert alors 2 whiskies et Mandela lève le toast.

Libération de Mandela le 11 février 1990

Ce dimanche 11 février 1990 est un grand jour. Tous les médias de la planète se sont donné rendez-vous devant la prison Victor Verster, ils sont installés partout avec des hélicoptères qui survolent les lieux.

Dans la villa qui sert de prison, on s’affaire. Nelson Mandela, après sa traditionnelle gymnastique matinale et son petit-déjeuner frugal, a réuni tout le personnel pénitentiaire qui l’a accompagné toutes ces années pour le remercier. Dans la chambre, Winnie Mandela inspecte le costume de ville bleu gris que son époux va revêtir avant de quitter la prison. Il est 16 heures, en ce dimanche particulièrement chaud, c’est l’été en Afrique du Sud.

Alors que toutes les télévisions du monde sont en direct, la grille du portail s’ouvre. Le visage sérieux, tenant son épouse par la main, Nelson Mandela franchit la porte. Le monde découvre le visage de celui que l’on n’a pas vu depuis 10 000 jours. Il fait face à une immense foule de partisans auxquels se sont mêlés des centaines de journalistes. Les flashs des photographes crépitent.

En réalité, bien qu’il ait préparé sa sortie, il ne s’attendait pas à une telle cohue. Rassuré, Mandela esquisse de la main droite le salut de l’ANC. C’est la liesse ! Mandela, prend la direction de la grande place du Cap où des milliers de personnes l’attendent pour célébrer sa libération.

Les supporters scandent le nom de Mandela en attendant son arrivée. Les forces de sécurité sont débordées et on redoute des incidents. L’archevêque Desmond Tutu va annoncer que Mandela prendrait effectivement la parole, mais dans le quartier du District Six. Un pieux mensonge dont le but est de dégager la place, noire de monde. Frustrés, des partisans brisent des vitres devant les organisateurs débordés. Mandela fait enfin son apparition et va prononcer son premier discours à la fenêtre de l’hôtel de ville de Cape Town.

Mais ce que redoutent le plus les autorités, c’est la tonalité qu’il va donner à son message devant ce public chauffé à blanc qui n’attend qu’un mot d’ordre, un appel. Va-t-il inviter à la poursuite des manifestations, à intensifier la lutte contre le régime blanc, ou inviter tout simplement au calme ? Dans ce second cas de figure, son peuple va-t-il l’écouter ? Quel va être le message de celui, qui, 25 ans après, vient d’être libéré sans conditions ? Comment va-t-il empêcher l’implosion de son pays ? On en parle dans le prochain épisode.

 

Photo : © Eli Weinberg Apic / Getty Images

Nom de l'auteur : Alain Foka / Archives d'Afrique

Producteur : RFI

Année de copyright : 2017

Publié le 09/08/22

Modifié le 20/09/21

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