Vidéo : Les héritiers de la non-violence

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audio - Les héritiers de la non-violence

Portrait de Gandhi

A l’heure où des personnes choisissent le terrorisme pour mener leurs combats, il est urgent de se souvenir que les plus grands mouvements de masse du XXe siècle ont été inspirés par la non-violence, à l’instar du Mahatma Gandhi.

Le 4 avril 1968, le pasteur Martin Luther King était assassiné à Memphis, aux Etats-Unis, 20 ans tout juste après l’assassinat de Gandhi en Inde. Ce dernier avait libéré son pays de l’impérialisme britannique, tandis que King mettait un terme à la ségrégation officielle et raciale aux Etats-Unis. Mais leur élimination physique n’a certainement pas empêché que les leçons de non-violence de ces soldats de la paix parviennent jusqu’à nous.

Invités :

- Marie-Agnès Combesque, auteur de Gandhi et Martin Luther King, avec Guy Deleury, aux éditions Autrement.

- Jean Guiloineau, auteur de la biographie de Nelson Mandela, aux éditions Payot.

Que reste-t-il de Gandhi chez Martin Luther King, ou encore chez Nelson Mandela ?

Il faut remonter le temps jusqu’en 1955, à Montgomery, dans l’état de l’Alabama. Le 1er décembre, une militante noire, Rosa Lee Parks, accomplit un acte de désobéissance civile, elle refuse de céder sa place à un Blanc dans le bus. Elle est évidemment arrêtée. Elle n’est pas la première à se livrer à un tel acte de résistance, mais cette fois, la communauté noire va participer en masse à la proposition de boycott des bus de Montgomery.

Quand a débuté le mouvement des droits civiques ?

Il commence en décembre 1955 dans une petite ville de l’Alabama. Quand le boycott commence, les Noirs et les Blancs sont persuadés que ça ne va pas durer du tout. Mais il fonctionne, les Noirs vont se rendre compte de leur force collective, ils ne vont pas céder au chantage et à la violence exercés par les Blancs, et finalement ils vont l’emporter parce qu’il y aura une cassure dans le monde blanc, entre l’idéologie, le politique, c’est-à-dire la municipalité de Montgomery, et entre l’économie, l’entreprise qui gère les lignes d’autobus.

Quand une entreprise perd des centaines de dollars chaque jour, il faut se faire une raison.

Martin Luther King : une conjonction entre un moment dans l’histoire, un homme et une lutte.

Si l’on se penche sur les itinéraires de Gandhi et Martin Luther King, autant Gandhi a pu initier des attitudes non-violentes, ce qu’on appelle la désobéissance civile, autant dans le cas de Luther King, l’acte de désobéissance civile a précédé l’engagement de ce dernier qui a été appelé par ce mouvement. C’est ce mouvement qui a créé Martin Luther King, un homme qui est arrivé au bon moment.

King est un jeune pasteur, très éduqué, nommé porte-parole parce qu’il a des qualités oratoires extrêmement importantes. A partir du sermon sur la montagne, à partir des symboles et des images du baptisme noir, il va progressivement amener son public dans les congrégations religieuses à la non-violence, mais à partir d’une histoire que les Noirs connaissent déjà.

Martin Luther King est allé assister en 1947 à une conférence à l’université de Pennsylvanie, à Philadelphie, une conférence faite par Mordecay Johnson sur Gandhi. La non-violence va arriver par Bayard Rustin, ancien militant de la jeunesse communiste américaine qui a épousé les opinions pacifistes et qui en 1941, objecteur de conscience,  va refuser l’incorporation sous les drapeaux. Celui-ci descend à Montgomery et rencontre King.

Quelle est la différence entre un pacifiste et un non-violent ?

Le pacifisme est une doctrine qui est très connue aux Etats-Unis depuis la Première Guerre mondiale. Il y a eu un très fort courant hostile à l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, des opinions qui étaient combattues par le pouvoir. Les pacifistes ont été emprisonnés, contrôlés, surveillés. Bayard Rustin vient de ce courant-là.

La non-violence est autre chose. C’est d’abord le contrôle de soi, que ce soit dans une manifestation, dans une lutte, on domestique sa propre violence, par la maîtrise de son corps et de sa pensée. Et de sa parole.

La non-violence peut-être une tactique qui consiste à adapter cette maîtrise de soi à la lutte pour résister aux attaques de plus en plus violentes de la police des Etats du Sud.

A partir de 1965, King va évoluer sur l’échiquier politique américain, il sera de plus en plus à gauche, contre la guerre du Vietnam. Il va entamer une croisade pour l’amélioration du sort des pauvres dans les ghettos du Nord. A ce moment-là, il lutte contre la pauvreté qui concerne les Noirs, mais aussi les Blancs. En ce sens, il rejoint Gandhi. Tous les deux interviennent à un moment où la lutte commence et il y a de l’espoir.

La stratégie non-violente de Mandela

Nelson Mandela, prix Nobel de la paix en 1993, pour avoir conduit avec Frederik de Klerk les négociations qui ont mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud après avoir passé 28 ans en prison pour ses opinons politiques. Avant le massacre de Sharpeville en 1960, avant que Mandela ne fonde une organisation militaire, il a eu une stratégie non-violente que l’on a parfois oubliée. Se situe-t-elle dans la lignée de Gandhi ? Gandhi est dans la tête de tous les hommes responsables sur Terre parmi d’autres, Luther King ou Mandela aujourd’hui. Il y a des gens qui ont marqué le XXe siècle et on ne peut pas ne pas savoir qu’ils ont existé.

Mandela est un homme pragmatique qui ne fait pas les choses presque pour des raisons idéologiques mais fait les choses par une conviction morale extrêmement profonde. C’est là qu’il rejoint Gandhi.

Quelles sont les racines de Mandela ?

Mandela est issu d’une famille royale traditionnelle, tribale du Transkei. C’est un peuple qui s’appelle les Xhosa, qui sont à côté des Zoulou, qui eux ont une tradition militaire très ancienne depuis le début du XIXe siècle. Les Xhosa, au contraire, sont des éleveurs très paisibles qui ont mené des batailles contre les Blancs au XIXe siècle mais ça n’a jamais pris des proportions comme les Zoulou. Quand Mandela est arrivé en politique vers l’âge de 22-23 ans, en 1943-1944, sous l’influence de Walter Sisulu, ils ont créé dans l’ANC une branche à part, qui était la Ligue de la jeunesse, et ça leur a permis de prendre le pouvoir. C’était un cheval de Troie.

La première partie de la vie politique de Mandela se situe un peu avant la fin des années 50, et là toute son action est pacifique. Il y a des campagnes de défis, c’est-à-dire de désobéissance civile, on retrouve là la méthode gandhienne. Mandela s’inscrit dans un cadre légal en demandant le dialogue, en demandant qu’on organise une démocratie véritable, qu’on donne le droit de vote. Mandela en tant qu’avocat se met au service des Noirs qui ont des problèmes avec les lois de l’apartheid.

Mandela prisonnier politique en 1962

Mandela partage son activité politique et professionnelle, essaie de résoudre les conflits par le débat contradictoire, ce qui est la justice dans la conception européenne. Sur le plan politique, c’est la fermeture totale, c’est la raison pour laquelle ils passeront à l’action armée. Il sera arrêté en 1962, et tout s’arrête pendant 28 ans. Prisonnier politique, c’est lui qui a eu la plus lourde peine à ce jour. Il sera libéré le 11 février 1990. On connait son itinéraire absolument extraordinaire. 

Quelque chose de très fort et chez Gandhi et chez Mandela, c’est leur volonté à chacun, peut-être venue de l’enfance, de leur éducation de leurs racines, indiennes pour l’un, africaines pour l’autre, cette volonté d’unité, que chaque communauté soit respectée.

Tous les Sud-Africains, à 99 %, Blancs, Afrikaners, anglophones, Noirs, de toutes les ethnies que justement l’apartheid avait voulu cloisonner et séparer, tout le monde lui est reconnaissant d’avoir à la fois évité la guerre civile en 1990, et d’avoir réussi à réunir cette nation tellement diverse, tellement déchirée par l’histoire et par les 50 ans d’apartheid après trois siècles de colonisation.

Photo : © Dinodia Photos / Getty

Nom de l'auteur : Valérie Nivelon / La Marche du monde

Producteur : RFI

Année de copyright : 2003

Publié le 29/11/22

Modifié le 26/03/21

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