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La République55:54

La question de la citoyenneté

Conférence Canopé Lyon

Conférence de Myriam Revault d'Allones, Philosophe, professeur émérite des universités à l'École Pratique des Hautes Études, chercheur associé au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Organisée par les copilotes du dossier "Éducation prioritaire de l'académie de Lyon", cette journée centrée sur "Laïcité et valeurs de la République" accueillait Madame Myriam Revault d'Allones dont nous vous proposons la conférence "La question de la citoyenneté",

Qu’est-ce qu’être citoyen aujourd’hui ?

Cette question n’est pas intemporelle et oblige à retracer une double généalogie : celle de la citoyenneté, et celle de la modernité de l’autre. Il faut souligner que cette notion de citoyenneté se trouve infléchie avec la modernité et plus particulièrement avec la démocratie moderne.

L’invention de la citoyenneté coïncide avec l’invention grecque de la politique et avec la forme démocratique. La contrepartie, voire la condition de la démocratie antique, c’est l’esclavage, et plus globalement l’exclusion des barbares, des métèques, des femmes, que la philosophie, au moins, répugne à ranger au nombre des citoyens dans la cité idéale.

La condition de citoyen est liée fondamentalement au statut même de la politique qui n’est pas le même aujourd’hui : L’humanité de l’homme, pour les Grecs, n’est pas séparable de son caractère politique, c’est-à-dire de son être de citoyen. Celui qui est hors cité est apolitique, donc en quelque sorte être hors de l’humain. C’est la situation de l’esclave qui ne s’appartient pas mais il est l’homme d’un autre. Il est donc soumis à la fois à la contrainte économique et à la domination du Maître.

Tous deux sont dans une relation de dépendance, l’un commande et l’autre exécute. Cette dépendance mutuelle marque l’incomplétude fondamentale de chacun de ces deux termes. Elle est étrangère à la réciprocité et à la réversibilité qu’implique la relation politique.

Les citoyens sont maître d’eux-mêmes et ne sont ni chefs, ni sujets, ils sont aptes à être alternativement gouvernants et gouvernés.   

Le concept de liberté

Le concept même de liberté change de sens, il ne désigne plus l’égale participation des citoyens à l’exercice du pouvoir, mais il désigne l’indépendance des citoyens à l’égard du gouvernement. Pour les Grecs, l’homme est par nature un être politique, un être dont la vocation est de se réaliser dans la cité. Si la liberté réside dans la capacité à soustraire au pouvoir politique la sphère de l’existence individuelle, ça signifie qu’elle ne désigne plus le droit des citoyens à exercer une part de la souveraineté mais qu’elle renvoie à une logique de l’indépendance et de l’autodétermination individuelle.

Désormais, l’individu est porteur de droits naturels préalables avant même l’intervention de la société. La question essentielle n’est plus la question de l’exercice du pouvoir, mais celle de sa limitation eu égard à des droits naturels que le pouvoir a pour fonction de garantir.

Qu’est-ce qu’être citoyen dans la démocratie grecque ? C’est participer directement à l’exercice du pouvoir. Qu’est-ce que c’est qu’être citoyen dans la modernité politique ? C’est consentir au pouvoir plutôt que d’y accéder.

Le choix de l’élection, qui est au cœur de la démocratie représentative, est le corrélat de cette transformation radicale de la notion de citoyenneté. L’humanité de l’homme est inséparable de son caractère politique. Il n’en va pas de même du citoyen moderne, qui est doté des droits fondamentaux qui lui ont été conférés par le contrat social. Il s’agit donc d’une citoyenneté que l’on pourrait appeler « citoyenneté civile », plus que citoyenneté politique. Cette citoyenneté civile est un ensemble de garanties qui n’impliquent pas une participation directe au pouvoir.

Les problèmes actuels

IL existe des difficultés spécifiques relatives à la pratique de la citoyenneté démocratique. Au-delà de ce qu’on appelle la crise de la représentation, (la crise des instances juridico-politiques), la défiance des citoyens à l’égard des représentants, la montée de l’abstention, il y a des problèmes encore plus profonds qui concernent la nature même de la démocratie moderne et contemporaine.

La démocratie est une forme de société, donc une manière de vivre ou de ne pas vivre ensemble qui implique des assises mentales et affectives, des rapports à soi et aux autres. La démocratie engage d’une certaine façon aussi des conduites de vie, ce qui veut dire qu’elle est aussi une expérience. C’est à cet égard que nous assistons aujourd’hui à un dérèglement de la logique de la démocratie.

Les nouvelles situations d’incertitude montrent la désagrégation croissante des structures sociales, l’absence de contrôle politique au niveau de l’espace-monde, la perte corrélative de l’efficacité de pouvoirs et le délitement du lien social.

Producteur : Canopé Lyon

Publié le 20/10/21

Modifié le 03/09/21

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