Vidéo : Gandhi à l’école sud-africaine

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audio - Gandhi à l’école sud-africaine

Portrait de Gandhi

Comment un fils de notable indien est-il devenu le défenseur des opprimés, anticolonialiste et nationaliste ? Quel a été l’impact de ses années de formation à Londres où il a étudié le droit, mais surtout en Afrique du Sud où il débarque en tant qu’avocat en 1893… Comme le disait Nelson Mandela à ses amis indiens : « Vous nous avez dépêché un avocat, nous en avons fait un Mahatma ».

Avec le témoignage inédit de son petit-fils et biographe Rajmohan Gandhi et les analyses de l’historien Pierre Singaravélou, spécialiste de l’histoire de la colonisation et directeur du Centre d’histoire de l’Asie contemporaine et des publications de la Sorbonne.

Comment Gandhi a-t-il évolué pour devenir Le Gandhi universellement connu ?

Gandhi est né à Porbandar dans un état princier du nord-ouest de l’Inde, né dans la caste des Banias : c’est une caste de marchands, de négociants. Il est né dans une famille riche et il hérite de ce capital économique, mais aussi d’un capital politique puisque son père et son grand-père sont « diwan », c’est l’équivalent du Premier ministre de ce petit Etat princier auprès du maharaja.

Rajmohan Gandhi, petit-fils du Mahatma Gandhi, rencontré à Bombay, en Inde est biographe de son grand-père : « Sans les 21 années de son expérience sud-africaine, de 1893 à 1913, Gandhi ne serait sans doute pas devenu le Gandhi tel que le monde entier le connait aujourd’hui. Sa personnalité, son tempérament, sa façon de vivre et sa compréhension des êtres humains ont connu une véritable mutation. L’Afrique du Sud a transformé la vie de Gandhi en fixant des objectifs politiques et philosophiques à son action militante ».

Cela a été un peu comme une sorte de laboratoire où Gandhi a inventé de nouvelles pratiques politiques et c’est aussi un lieu où il a forgé sa doctrine philosophique.

Dans quelle mesure l’expérience universitaire de Gandhi à Londres est-elle formatrice ?

Gandhi va passer un peu plus de deux ans à Londres entre 1888 et 1891, et c’est une expérience fondamentale pour lui parce qu’au fond, il découvre l’Inde en Angleterre.

C’est là-bas qu’il  lit pour la première fois la Bhagavad-Gita, qui est un texte fondamental de l’hindouisme, et qu’il va s’intéresser à la philosophie Indienne, au végétarisme, il va également commencer à lire les grands textes du christianisme. Il devient alors un véritable gentleman britannique avec un costume trois-pièces et c’est ainsi qu’il débarque en Afrique du Sud en 1893.

Quel événement déclencheur a fait rester Gandhi 21 ans en Afrique du Sud ?

Un jour, malgré son billet de première classe, Gandhi se fait sortir du train avec tous ses bagages à cause de la couleur de sa peau. Il est très choqué, car il croyait entre l’égalité entre tous les hommes. Le fait d’avoir été jeté du train comme un malpropre l’a secoué au plus profond de son âme. C’est là qu’il décide de relever le défi et de lutter pour l’égalité et la justice. C’est ce qui explique qu’il soit resté en Afrique du Sud pendant 21 ans.

C’est donc la première fois qu’il est confronté directement à la fois au racisme et à une relation directe de domination.

Quelques mois plus tard, en 1894, il accueillera dans son cabinet d’avocat quelques travailleurs coolies qui ont été tabassés par des contremaîtres, et c’est à ce moment-là qu’il prendra véritablement conscience de la condition dans laquelle ces Indiens vivent, et c’est à ce moment-là qu’il lancera la première campagne de pétitions pour l’abolition de l’engagisme.

« Gandhi a eu cette incroyable croyance dans l’égalité et dans le respect mutuel entre les peuples. Donc, non seulement il a dépassé ses préjugés, mais il a montré le chemin pour les générations futures ».

Lorsqu’il vivait en Afrique du Sud au milieu des africains, des Blancs, des Chinois et des Européens, Gandhi a pris conscience de la diversité humaine et religieuse, ce qui va l’amener à formuler l’idée que les différentes races devront cohabiter dans le monde à venir. Il fait ces déclarations difficilement imaginables à l’époque pendant une rencontre publique à Johannesburg en 1908. Il déclare que toute la diversité du monde est condamnée à une fusion, un mélange et un métissage des races et que l’Afrique du Sud sera le laboratoire de cette alchimie humaine à l’œuvre.

La désobéissance civile

Gandhi sera influencé par l’un des principaux théoriciens de la résistance civile, Henry David Thoreau, qui, lui, pense dès la première moitié du XIXe siècle la résistance à l’Etat, à un Etat injuste.

L’idée de la désobéissance civile fait son chemin, elle consiste à désobéir à des lois considérées comme dégradantes ou bien qui heurtent la conscience.

En tant qu’avocat, il commence à combattre le racisme légalement sur le plan juridique avant de passer à la vitesse supérieure en organisant des manifestations spectaculaires.

L’expérience la plus marquante de la discrimination à laquelle Gandhi et tous les Indiens ont été confrontés en Afrique du Sud est sans doute la révolte des Zoulous contre les Britanniques en 1906. Il travaillait en tant qu’ambulancier et brancardier. Il a pu voir de près les Zoulous innocents se faire fouetter, battre, et même tuer. Gandhi s’est senti avoir une mission à accomplir, celle de soulager la détresse humaine en empêchant les hommes de perpétrer ces cruautés qu’ils ne cessent de s’infliger les uns aux autres. Donc, cette expérience de la révolte des Zoulous a enseigné à Gandhi l’irrationalité de la violence. Et c’est là qu’il a imaginé une résistance non-violente, et peut-être plus efficace. Gandhi a également conceptualisé la nécessité de commencer à s’appliquer à soi-même sa propre discipline en s’affranchissant de ses biens financiers et matériels.

Le retour de Gandhi en Inde

Gandhi débarque à Bombay le 9 janvier 1915, il a déjà 46 ans. Il revient transformé, accueilli, en superstar, habillé en quelque sorte en coolie, c’est-à-dire avec un dhoti blanc noué autour de la taille, et une pièce de coton sur les épaules. Il a définitivement abandonné son costume d’avocat.  Il a réussi à imposer au gouvernement britannique de mettre fin à un certain nombre de discriminations à l’encontre des Indiens d’Afrique du Sud.

Gandhi parvient très rapidement à prendre la tête du parti du Congrès, dès 1920,1921 en le démocratisant, c’est-à-dire en transformant ce qui était un club de notables fondé en 1885 en véritable parti de masse. Gandhi le transforme en véritable organisation en faisant adhérer chaque paysan contre une roupie, alors que jusque-là, l’adhésion était réservée aux franges les plus aisées de la société. Il s’impose très rapidement au début des années 20 comme principal leader du principal parti indien en Inde.

Il lancera toute une série d’initiatives dans le cadre de ce qui va devenir la non-coopération, donc des grèves contre les grands propriétaires, des mouvements civiques en tous genres, et des manifestations contre la domination coloniale britannique, en prenant soin de mobiliser la presse.

Gandhi sera régulièrement arrêté et mis en prison par les Britanniques, mais il reste légaliste jusqu’à ce terrible massacre du 13 avril 1919 dans l’Etat du Penjab ordonné par le général Dyer où plus de 400 personnes perdront la vie. Cela suscite une émotion globale y compris en Europe. Le gouvernement britannique, contre toute attente, décide de couvrir le général Dyer qui est blanchi alors que Gandhi monte une commission indienne pour enquêter sur les responsabilités britanniques dans ce massacre.

La seule solution pour les Britanniques est la décolonisation. Ils doivent quitter l’Inde.  

Que ce soit en Afrique du Sud ou en Inde, de nos jours, on a le sentiment que cette philosophie de la non-violence chère à Mandela et chère à Gandhi ne soulève plus vraiment les foules. Est-ce que cela donnerait raison au meurtrier de Gandhi, celui-ci ayant été assassiné le 30 janvier 1948 par un extrémiste religieux hindou ?

Où en est le gandhisme de nos jours ?

Le contexte politique aujourd’hui en Inde n’est pas favorable à une réappropriation de la pensée et de l’œuvre politique de Gandhi puisque depuis 2014, c’est le BJP, donc les nationalistes hindous, qui sont au pouvoir, parti d’extrême-droite religieux. On observe des agressions, des meurtres de musulmans, de minorités religieuses en général mais aussi de Dalits, des Intouchables. Ce contexte n’est donc pas favorable à l’épanouissement d’un renouveau du gandhisme.

En même temps, dans le reste du monde, on a l’impression que le message de Gandhi est toujours aussi vivace, puisqu’il a été considéré comme une source d’inspiration pour toute une série de désobéissance civile aux quatre coins du monde : dans le cadre du Printemps arabe, mais aussi le mouvement des Indignés en Espagne, ou encore le mouvement Occupy Wall Street qui s’est revendiqué en grande partie de la pensée de Gandhi.

Photo : © Dinodia Photos / Getty

Nom de l'auteur : Valérie Nivelon / La Marche du monde

Producteur : RFI

Année de copyright : 2018

Publié le 30/11/22

Modifié le 26/03/21

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