Vidéo : Comment porter un autre regard sur les troubles mentaux ?

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Souffrances psychiques45:30

audio - Comment porter un autre regard sur les troubles mentaux ?

Cerveau : recherche et dysfonctionnements

Comment porter un autre regard sur les troubles mentaux ? Qu'est-ce que la folie ? Comment faire évoluer nos pratiques et nos préjugés sur ces désordres psychiques ?

 

Invités :

- Carlos Parada, psychiatre engagé dans les carrefours entre le social et le subjectif : toxicomanie, victimes de violences politiques, exil, échec scolaire et, enfin, folie ordinaire. Son dernier ouvrage Toucher le cerveau, changer l'esprit vient de paraître aux PUF.

- Xavier Briffault, sociologue, chargé de recherche CNRS. Il s'intéresse aux troubles mentaux - plus spécifiquement à la dépression et aux troubles obsessionnels-compulsifs -, aux psychothérapies et aux programmes de prévention en santé mentale.

Toucher le cerveau

On a oublié qu’en 1949, la lobotomie, la psychochirurgie a eu le prix Nobel de médecine. C’était un vrai engouement, un vrai espoir alors qu’aujourd’hui, on considère que c’est atroce.

Depuis, on a eu les médicaments en psychiatrie, les neuroleptiques, qui nous ont promis de guérir, d’élucider les causes de la maladie mentale…

Cela fait 70 ans et on n’a toujours pas trouvé : la guérison et l’élucidation, elles n’y sont pas.

Le nouvel espoir vient maintenant de l’informatique et des neurosciences, des images très performantes qui montrent quelles sont les régions du cerveau impliquées dans les troubles. Cela ouvre la porte à la neurochirurgie parce que l’on va intervenir dans des zones supposées être liées à un seul trouble.

L’évolution de la psychiatrie

Dans le domaine de la psychiatrie, comme dans d’autres domaines de la science, on parle beaucoup d’un avant et d’un après. Avant, on lobotomisait les fous, aujourd’hui, on va regarder dans leur cerveau mais faire beaucoup mieux. Les gens qui ont prodigué des traitements par le passé, se croyaient aussi scientifiques que les scientifiques actuels. La seule garantie que l’on peut avoir c’est qu’il faut garder la folie au cœur de notre humanité. A chaque fois qu’on va faire des êtres à part, au nom de la science ou pas, on va faire des horreurs.

La dépression, l’autisme, la schizophrénie, la bipolarité, les addictions, les toc, c’est compliqué de soigner la folie car sous ce terme se regroupe un nombre de pathologies considérable, et même des non-pathologies comme des comportements excentriques.

Avec la psyché, avec l’esprit, nous sommes un peu comme les hommes de Platon au fond de la grotte et qui voient des silhouettes dehors… On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.  On traverse une crise du soin majeure parce que les notions d’il y a 70 ans aujourd’hui sont mises en cause, que ce soit au niveau organique, psychologique, au niveau de la psychanalyse ou autre, il y a une critique très forte aujourd’hui.

Intégrer le malade dans l’équipe de recherche

Il y a un changement de regard pour des patients atteints de troubles obsessionnels compulsifs graves. On essaie de développer une approche dans laquelle on va intervenir là où vivent les gens, pour leur proposer des solutions souvent technologiques qui vont diminuer l’impact qu’on leurs troubles sur leur vie quotidienne. Ça n’intervient pas en remplacement des approches curatives et ça ne constitue pas la personne en personne handicapée mais ça tente de réduire le handicap généré par les troubles, raison pour laquelle nous intégrons ces personnes comme participantes à part entière de l’équipe de recherche, et c’est un nouveau regard que l’on essaye de porter sur ces situations-là. S’agissant des personnes qui participent avec nous dans ce projet de recherches, nous ne les appelons plus « patients », puisque être « patient », c’est une personne qui est en relation avec un soignant, nous essayons de placer les personnes comme co-chercheurs.

Agir sur la dissymétrie des relations entre le malade et le médecin

Dans la psychiatrie comme de façon générale en médecine, et quel que soit le moment dans l’histoire, il existe une dissymétrie des relations. Celui qui souffre sait peut-être des choses. Autrefois, on avait le savoir du grand professeur. Ensuite, on a eu le savoir du grand manuel de psychiatrie, le DSM. Puis le savoir de la science. Finalement, on s’aperçoit que quand on se place ensemble dans une équipe pour co-construire des solutions à un problème donné, si on se débarrasse pendant un temps de l’idée que la personne est totalement sous l’emprise et victime d’un trouble qui lui semblerait quasiment extérieur, elle réintègre finalement ça comme un fonctionnement certes problématique, mais auquel on peut trouver ensemble des solutions, là on est avec la personne. C’est très difficile d’avoir une posture haute quand on est en train de co-concevoir des solutions parce qu’il faut qu’elles marchent et on n’y arrive pas toujours. Là ; les « sachants », les psys, les sociologues, les techniciens, sont au même niveau que tout le monde, et que la personne devient le maître d’œuvre de l’équipe de recherche dans laquelle elle se trouve, ce qui lui permet de se réapproprier sa vie, et d’agir sur son trouble ou ses problématiques.

 

Diffusion de la musique du groupe Astéréotypie pendant l'émission. Astéréotypie est un projet éducatif et artistique de spoken words impliquant de jeunes autistes accueillis dans un IME (Institut médico-éducatif). À travers leurs textes, ils évoquent leur univers, leurs craintes dans des poèmes exprimés sur un ton décalé aux qualités esthétiques indéniables. Les textes sont déclamés sur un fond sonore aux influences morriconiennes entre une musique de chambre et un post rock acoustique.

 

Photo : © Cité des Sciences

Nom de l'auteur : Caroline Lachowski / Autour de la question

Producteur : RFI

Année de copyright : 2016

Publié le 20/10/21

Modifié le 12/08/21

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