L’océan n’est pas une grande étendue d’eau immobile. Au contraire, l’eau s’y déplace en permanence grâce aux courants marins. On distingue les courants de surface, provoqués par la circulation atmosphérique et les courants de profondeur, créés par les différences de température et de salinité des eaux. 

La carte globale des courants océaniques de surface a été élaborée grâce aux données récoltées dans les livres de bord de nombreux navigateurs, puis affinée avec les données obtenues par les études océanographiques initiées dès la première moitié du XXe siècle.

Le Gulf Stream

Le Gulf Stream et un courant marin chaud, puissant et poussé par les vents dominants en Atlantique Nord. Il déplace l’eau chaude des zones subtropicales vers les pôles.

Chaud, puissant et poussé par les vents dominants, ce célèbre courant marin de l’Atlantique Nord déplace l’eau chaude des zones subtropicales vers les pôles. Large de 150 kilomètres par endroits, il longe la côte américaine en partant du golfe du Mexique avant de se diriger vers le nord-est de l’océan Atlantique. Il est l’un des courants marins les plus forts de la planète. Le Gulf Stream est un maillon du mouvement cyclique océanique qui permet à la chaleur de se répartir sur l’ensemble du globe. Il doit sa première cartographie en 1777 à Benjamin Franklin qui avait remarqué que ce courant permettait à ses navires de gagner un temps précieux sur le trajet New York-Londres.

Le courant de Benguela

Le courant de Benguela est un courant froid appartenant au gyre subtropical sud-atlantique et circule en Afrique du Sud.

Ce courant froid appartenant au gyre subtropical sud-atlantique circule en Afrique du Sud. Il s’écoule du cap de Bonne-Espérance, le long de la Namibie et de l’Angola, jusqu’à rejoindre le courant d’Angola. Dans sa partie sud, il est associé à un phénomène d’upwelling intense (remontée d’eau froide riche en nutriments), les poissons y sont très nombreux et cette zone est un lieu de pêche extrêmement prospère. Au nord, ce courant est en revanche dominé par des eaux chaudes tropicales.

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Quand surviennent certaines conditions atmosphériques inhabituelles dans le bassin occidental atlantique, ce courant peut être déréglé et se déplacer plus au sud, comme ce fut le cas en 1995. Ce phénomène eut un impact écologique et climatique important avec la disparition de la remontée des eaux froides et riches le long des côtes et de fortes précipitations en Namibie. Ce dérèglement climatique a été baptisé le « Niño du Benguela », du fait de sa similitude avec le phénomène El Niño dans l’océan Pacifique. Il est toutefois moins intense et fréquent que son illustre cousin.

Le courant circumpolaire antarctique

Le courant circumpolaire antarctique est le courant le plus puissant de la planète, le plus froid aussi. Il déplace des masses d’eau 2 fois plus importantes que le Gulf Stream.

Poussé par des vents légendaires, dans les « cinquantièmes hurlants », et par une houle que rien n’arrête, voici le courant le plus puissant de la planète, le plus froid aussi. Le courant circumpolaire antarctique déplace des masses d’eau 2 fois plus importantes que le Gulf Stream avec un débit 600 fois supérieur à celui d’un grand fleuve terrestre comme l’Amazone ! Appelé également grande dérive d’ouest, ce courant tourne dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’océan glacial Antarctique.

 

Long de 24 000 kilomètres et large de 1 000 kilomètres, c’est un acteur incontournable du climat. Il brasse les eaux du Pacifique, de l’océan Indien et de l’Atlantique Sud et constitue le premier fournisseur des eaux froides et profondes de la planète. Ce courant constitue un mur infranchissable pour de nombreuses espèces. Il a ainsi isolé la faune et la flore spécifiques de l’Antarctique des autres océans depuis des millions d’années. Les difficultés pour accéder à cette région en ont fait un sanctuaire pour de nombreuses espèces d’oiseaux, et elle abrite l’une des plus grandes réserves de mammifères marins de la planète.

Icebergs, vents et mers déchaînés..., c’est le courant le moins étudié de la planète car y accéder relève encore aujourd’hui du challenge. C’est pourtant un courant unique, le seul à ne pas être arrêté par un continent et à relier ainsi tous les autres océans.

Le courant de Kuroshio 

Ce courant s’est retrouvé sur le devant de la scène après le terrible accident dans la centrale nucléaire de Fukushima causé par le tsunami de mars 2011.

Ce courant s’est retrouvé sur le devant de la scène après le terrible accident dans la centrale nucléaire de Fukushima causé par le tsunami de mars 2011. Le Kuroshio, le « courant noir » en japonais, s’étend sur 100 kilomètres de large et présente un débit de 50 millions de mètres cubes par seconde, il est ainsi le deuxième plus grand courant après le Gulf Stream. Courant chaud, il doit son nom à la couleur sombre de ses eaux et contribue au climat doux des côtes est du continent asiatique. Il joue un rôle assez similaire à celui du Gulf Stream, son pendant nord-atlantique. Le Kuroshio effectue une grande rotation horaire des Philippines jusqu’au Japon et il est relayé par le courant du Pacifique Nord qui porte ses eaux 7 000 kilomètres plus loin, jusqu’en Amérique du Nord. Après la catastrophe nucléaire au Japon, il aurait ainsi largement contribué à la diffusion des rejets radioactifs dans le Pacifique Nord. Des débris emportés par le tsunami ont été retrouvés sur les rivages canadiens quelques mois seulement après la catastrophe…

La dérive nord-atlantique

Souvent assimilée au Gulf Stream, la dérive nord-atlantique est en fait une extension de ce courant marin. Elle désigne plus globalement le vaste déplacement des eaux du nord de l’Atlantique aspirées par la plongée des eaux froides et salées dans l’océan Arctique. Au delà de Terre-Neuve, le Gulf Stream devient la dérive nord-atlantique et baigne tout l’ouest de l’Europe.

Elle se divise ensuite à l’ouest de l’Irlande en deux courants pour se diriger vers le sud (courant des Canaries) et le long des côtes du nord-ouest de l’Europe. Les courants d’Irminger et norvégien sont notamment des extensions de la dérive. Les courants marins comme le Gulf Stream ou la dérive nord-atlantique sont intimement liés à l’un des moteurs de la circulation océanique, la circulation thermohaline, elle-même engendrée par les différences de températures et de salinités des masses d’eau. Les eaux denses et glacées de l’Atlantique Nord plongent ainsi vers les profondeurs, tournent autour de l’Antarctique et remontent dans le Pacifique Nord ou dans l’océan Indien au niveau de l’équateur, avant de revenir dans l’Atlantique en longeant l’Afrique.

Un tour complet de cet immense tapis roulant dure environ mille ans ! Lorsque la dérive nord-atlantique remonte vers le nord-est, une évaporation intense se produit, ce qui permet au continent européen de connaître un climat beaucoup plus tempéré, avec des écarts de température bien moindres que sur un même parallèle en Amérique du Nord par exemple. Le réchauffement climatique pourrait avoir un impact considérable et très déstabilisant sur ce système.

Publié le 02/12/2020

Modifié le 07/12/2020